Commerce mondial : Les services numériques bondissent de 136%
L’économie mondiale ne se joue plus uniquement dans les ports, les usines et les grandes routes commerciales. Elle circule aussi dans les câbles sous-marins, les centres de données et les plateformes numériques.
Entre 2016 et 2025, les exportations mondiales de services numériques ont bondi de 136 %. Cette progression traduit une transformation profonde des échanges internationaux et pourrait profiter aux marchés émergents, notamment africains. C’est l’un des principaux enseignements du rapport Future of Trade, consacré cette année aux mutations du commerce dans un contexte d’incertitude structurelle. Selon l’étude, une accélération de la numérisation à l’horizon 2031 pourrait générer jusqu’à 2 800 milliards de dollars de commerce supplémentaire à l’échelle mondiale, soit 6,9 % de plus que dans le scénario de référence. Pour le continent africain et le Moyen-Orient, le potentiel apparaît particulièrement important. L’activité commerciale de la région pourrait dépasser de 6,7 % les prévisions de base d’ici à 2031 grâce à une adoption accrue des solutions numériques. Autrement dit, le numérique pourrait devenir un levier pour contourner certaines contraintes qui pénalisent encore les économies africaines. L’enjeu est de taille. Les entreprises de la région doivent composer avec la hausse des coûts logistiques, les perturbations énergétiques et la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement. Quelque 85 % des dirigeants interrogés anticipent ainsi une augmentation d’au moins 10 % de leurs coûts commerciaux. Dans ce contexte, les technologies numériques peuvent permettre de réduire certaines frictions, d’optimiser les flux et de rapprocher les entreprises des marchés internationaux. Cette transformation s’accompagne toutefois de nouveaux risques. Les tensions géo-économiques préoccupent davantage les entreprises de la région : elles sont citées par 51 % des répondants lorsqu’ils se projettent sur les trois à cinq prochaines années. Les politiques commerciales et les conflits figurent également parmi leurs principales sources d’inquiétude.
L’Afrique n’est cependant pas condamnée à subir ces mutations. Les entreprises du continent commencent à renforcer leurs capacités numériques. Dans la région Moyen-Orient-Afrique, 79 % des sociétés interrogées affirment avoir déjà obtenu des résultats mesurables sur au moins une capacité numérique. Mais le chemin reste long : à l’échelle mondiale, seules 7 % des entreprises exploitent au moins cinq capacités numériques, l’interopérabilité constituant l’un des principaux obstacles. Le développement de cet écosystème dépendra donc autant des entreprises que des pouvoirs publics. Les dirigeants interrogés privilégient notamment la création de regulatory sandboxes, ces espaces permettant de tester de nouvelles solutions dans un environnement réglementaire adapté, ainsi que le lancement de projets pilotes. La réglementation commerciale évolue d’ailleurs dans le même sens. La part des accords commerciaux intégrant des dispositions relatives au numérique est passée de 48 % entre 2015 et 2017 à 62 % entre 2023 et 2025. Le commerce numérique n’est donc plus un simple prolongement de la mondialisation : il en devient progressivement l’un des principaux moteurs. Pour l’Afrique, la question sera désormais de savoir si cette nouvelle vague de croissance bénéficiera réellement au continent. La progression des services numériques offre des débouchés dans la finance, les télécommunications, le développement logiciel, l’externalisation de services, le commerce électronique ou encore les services professionnels à distance.
Mais cette ambition suppose de résoudre plusieurs contraintes structurelles : qualité des infrastructures numériques, accès à l’énergie, compétences, interopérabilité des systèmes et sécurisation des transactions transfrontalières. La forte dépendance au dollar constitue également un risque pour les entreprises régionales : environ 60 % des factures et contrats commerciaux de la zone sont libellés dans la monnaie américaine. L’étude, réalisée à partir d’une enquête menée auprès de 2 100 dirigeants et décideurs de multinationales dans 27 marchés, dessine ainsi une nouvelle géographie du commerce mondial. Pour l’Afrique, le numérique pourrait être davantage qu’un outil de modernisation. Il pourrait devenir l’un des rares moyens de réduire certaines distances économiques avec les marchés développés. A condition, désormais, de transformer le potentiel en véritable capacité de production et d’exportation.