13 Aug 2026
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La Côte d’Ivoire veut changer l’équation forestièreDR

Côte d’Ivoire : 63 millions FCFA pour avoir sauvé la forêt

La préservation des forêts en Côte d’Ivoire pourrait commencer à devenir une source de revenus pour les communautés rurales. Trois villages du sud-ouest du pays, Gnato, Bliéron et Pimé, dans le département de Tabou, ont reçu un premier versement de 62,8 millions de FCFA pour avoir contribué à préserver 1 059 hectares de forêt.

Remis le 12 août 2026 à l’Auditorium de la Primature, ce financement s’inscrit dans le cadre du Projet de paiement des réductions d’émissions autour du parc national de Taï (PRE), mis en œuvre avec l’appui de la Banque mondiale. Au total, les trois communautés doivent percevoir 88,8 millions de FCFA, le reliquat devant être versé ultérieurement. Le mécanisme repose sur un principe désormais au cœur de la finance climatique. Celui de rémunérer les communautés pour les résultats obtenus en matière de conservation et de réduction des émissions de carbone. Lorsqu’une superficie forestière est préservée et que les réductions d’émissions sont vérifiées, des ressources financières peuvent être mobilisées auprès d’acheteurs internationaux. En Côte d’Ivoire, une partie de ces revenus est ensuite reversée aux populations engagées dans la protection des forêts. A Tabou, les fonds seront directement orientés vers des activités génératrices de revenus. Gnato recevra 25,13 millions de FCFA pour développer l’aviculture, Bliéron bénéficiera de 21,99 millions de FCFA destinés à la pisciculture, tandis que Pimé disposera de 15,70 millions de FCFA pour la porciculture. L’objectif est de réduire la pression exercée sur les ressources forestières en offrant aux populations des alternatives économiques à l’exploitation des terres. Pour le ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique, Abou Bamba, cette expérience illustre une nouvelle approche de la conservation : « préserver la forêt devient une source de revenus, un levier de développement local ». Le dispositif prend d’ailleurs de l’ampleur. Depuis 2020, environ 20 millions de tonnes équivalent CO₂ ont été vérifiées dans le cadre de l’accord conclu avec la Banque mondiale, permettant à la Côte d’Ivoire de recevoir quelque 31,7 milliards de FCFA. Une partie de ces ressources, près de 2,8 milliards de FCFA, a déjà été redistribuée à plus de 22 000 bénéficiaires à travers le pays, notamment via le mobile money. L’expérience des trois villages de Tabou intervient alors que la forêt ivoirienne reste confrontée à de fortes pressions liées à l’agriculture, mais aussi à l’orpaillage clandestin. En choisissant de préserver leurs espaces forestiers et de s’opposer à ces activités, Gnato, Bliéron et Pimé ont ainsi fait de la conservation un véritable investissement collectif. Pour sécuriser la gestion des fonds, les trois communautés se sont regroupées au sein de l’Association des Villages de Gnato, Bliéron et Pimé (AVGBP), chargée de gérer les ressources et de financer les projets retenus. Pour Abidjan, l’enjeu dépasse désormais ces trois villages. Le gouvernement veut étendre ce modèle à d’autres zones du pays, notamment dans les régions de San-Pédro et du Cavally, afin de multiplier les espaces susceptibles de générer des revenus liés à la réduction des émissions et à la séquestration du carbone. À terme, l’ambition est de restaurer et préserver au moins 20 % du couvert forestier national d’ici à 2040, soit environ 6,5 millions d’hectares. Une équation nouvelle se dessine donc. Celui de faire de la forêt non plus seulement un patrimoine à protéger, mais aussi un actif économique capable de rémunérer ceux qui la préservent.


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