22 Sep 2026
ACTUALITÉ
Le Tchad veut diversifier ses routes d’accès aux réseaux internationaux en misant sur le Nigeria et son vaste projet d’extension de la fibre optique — DR

Dépendance numérique : Le Tchad veut tourner la page du Cameroun

Le Tchad cherche une nouvelle porte de sortie pour son internet. Enclavé et fortement dépendant des infrastructures camerounaises pour accéder aux câbles sous-marins internationaux, le pays veut désormais se tourner vers le Nigeria.

Une diversification qui pourrait rebattre les cartes de la connectivité numérique en Afrique. Le rapprochement s’est concrétisé le mercredi 16 septembre dernier à N’Djamena. A cette occasion, le ministre tchadien des Télécommunications, Haliki Choua Mahamat, et son homologue nigérian chargé des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Bosun Tijani, ont posé les bases d’une coopération dans le numérique. Au menu : infrastructures, cybersécurité, régulation, intelligence artificielle et développement des compétences. Mais derrière cette coopération affichée, c’est surtout une bataille pour sécuriser les accès du Tchad au réseau mondial qui se joue. Pour un pays sans façade maritime, la question de la connectivité est stratégique. Aujourd’hui, l’essentiel des accès internationaux du Tchad passe par le Cameroun. Une liaison d’environ 35 kilomètres entre N’Djamena et le réseau de l’opérateur camerounais Camtel, lui-même connecté au câble sous-marin SAT-3, constitue l’une des principales portes d’entrée du pays vers les infrastructures internationales. Cette dépendance a déjà montré ses failles. En août 2024, des coupures de fibre sur le réseau de Camtel avaient fortement perturbé l’accès à internet au Tchad. La route passant par le Soudan, autre voie vers les réseaux internationaux, est par ailleurs hors service depuis mai 2024 en raison de la guerre qui ravage le pays. Le Tchad cherche donc à multiplier les options. Le Nigeria apparaît comme une nouvelle pièce de cette stratégie.


Le projet sur lequel lorgne le Tchad s’appelle BRIDGE. Porté par Abuja, il prévoit l’extension du backbone national de fibre optique sur quelque 90 000 kilomètres supplémentaires, pour faire passer le réseau nigérian d’environ 30 000 à près de 120 000 kilomètres. L’objectif est de connecter les 36 États et les 774 collectivités locales du pays. Pour N’Djamena, l’intérêt est ailleurs : les ramifications internationales du projet doivent permettre de relier le Nigeria à plusieurs pays voisins, dont le Bénin, le Cameroun, le Niger et le Tchad. À terme, le pays pourrait ainsi accéder aux capacités internationales disponibles depuis Lagos, l’un des principaux hubs numériques du continent. « Le projet BRIDGE retient l’attention » des autorités tchadiennes, qui y voient une occasion de se connecter par fibre au Nigeria et d’accéder aux réseaux internationaux, selon le communiqué cité par Sika Finance. Le chantier nigérian repose sur une enveloppe de 2 milliards de dollars. La Banque mondiale a déjà mobilisé 500 millions de dollars, tandis que la Banque africaine de développement a approuvé un financement de 200 millions de dollars. Pour autant, N’Djamena ne tourne pas complètement le dos au Cameroun. En mai 2025, les deux pays avaient déjà conclu un accord destiné à sécuriser leur interconnexion, après des tensions liées notamment à la dette de la Société des télécommunications du Tchad (SOTEL) envers Camtel. L’accord prévoyait notamment de renforcer la capacité de la liaison transfrontalière et de créer une seconde voie d’accès au réseau camerounais.


La stratégie tchadienne est donc moins celle d’une rupture que d’une diversification des routes numériques. Le pays travaille également sur une autre porte de sortie : une connexion avec le Niger dans le cadre de la dorsale transsaharienne à fibre optique. Son plan national de développement prévoit ainsi l’achèvement d’une troisième connexion internationale, avec un tronçon de 509 kilomètres entre N’Djamena et la frontière nigérienne. A terme, l’ambition est claire : ne plus laisser une coupure sur une seule route paralyser une grande partie du pays. Pour le Tchad, la fibre optique n’est donc plus seulement une infrastructure télécom. Elle devient un enjeu de souveraineté, de sécurité et d’intégration régionale. En ouvrant une nouvelle voie vers Lagos, N’Djamena cherche à transformer son enclavement géographique en un problème d’infrastructure que plusieurs corridors pourraient désormais contourner.

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