29 Apr 2026
EXCLUSIF
Le CIAPOL ne se contente pas de simples remontrances. L’institution a établi une responsabilité avérée pour non-respect des prescriptions environnementalesDR

Drame écologique sur le Bandama : Le CIAPOL face à l'inacceptable

Le fleuve Bandama, l'une des artères vitales de la Côte d’Ivoire, se trouve aujourd'hui au cœur d'un drame environnemental majeur qui souligne l'urgence d'une vigilance écologique sans faille. À Ferké, la découverte massive de poissons morts le 22 avril 2026 a révélé une pollution d'envergure impliquant la société SUCAF-CI. Face à ce désastre, le Centre Ivoirien Antipollution (CIAPOL) se dresse en rempart déterminé contre les atteintes à notre patrimoine naturel.

La genèse d'une catastrophe évitable

Selon les explications de la SUCAF-CI, l’incident tire sa source de la rupture d’un tank de mélasse survenue le 19 mars 2026. Si le produit avait été initialement déplacé vers une digue de rétention située à trois kilomètres de l’usine, les fortes pluies de la nuit du 21 au 22 avril ont provoqué l'effondrement de cette structure. La mélasse s'est alors déversée, parcourant huit kilomètres via les canaux d’irrigation pour finir sa course dans le lit du Bandama.

Le constat est accablant : il s'agit d'une pollution progressive et pourtant totalement évitable. L’absence de protocoles de sécurité adéquats a transformé un incident industriel en véritable sinistre écologique. Cette marée brune a entraîné une mortalité foudroyante de la faune aquatique, fragilisant un écosystème déjà éprouvé par l’orpaillage clandestin.

Le CIAPOL : Une réaction ferme et immédiate

Informé le jour même, le CIAPOL a fait preuve d'une célérité exemplaire. Une équipe technique, présente fortuitement dans la zone, a immédiatement retracé le parcours du polluant et confirmé l'ampleur des dégâts. Sous l’impulsion du Professeur Bernard Ossey Yapo, l’institution a convoqué les dirigeants de la SUCAF-CI pour exiger des comptes.

Au-delà de l'aspect technique, l'enquête met en lumière des manquements graves. Notamment l'absence de notification officielle immédiate de l’incident initial. Dissimulation d’informations cruciales durant la phase de confinement et défaillance systémique dans la gestion des risques industriels.

Pour les équipes du Colonel WOURE Ehouman, responsable de la zone, l’environnement ne saurait être une variable d’ajustement.

Mesures de crise et responsabilités engagées

Sous la pression du régulateur, la SUCAF-CI a fini par engager des actions correctives : pompage de la mélasse résiduelle, surveillance accrue des eaux, analyses physico-chimiques et suivi de la faune. L’entreprise affirme également avoir alerté les chefs des villages riverains, leur interdisant formellement la consommation de l’eau et des produits de la pêche. Les autorités locales, du Préfet de Ferké au Ministère des Ressources Animales, ont été saisies de l'affaire.

"Ces mesures, bien que nécessaires, n'effacent pas la négligence initiale. On aurait pu s'en passer si la vigilance n'avait pas été sacrifiée".

Le CIAPOL ne se contente pas de simples remontrances. L’institution a établi une responsabilité avérée pour non-respect des prescriptions environnementales. Les articles 246 et 248 du Code de l’environnement de 2023 sont désormais invoqués, ouvrant la voie à des sanctions exemplaires : cet incident ne restera pas impuni.

Un avertissement pour l'industrie

À travers cette affaire, le CIAPOL adresse un message sans équivoque à l'ensemble du secteur industriel : aucune atteinte à l'environnement ne sera plus tolérée. La protection de la biodiversité et des populations riveraines est une priorité nationale absolue. Bien qu’aucune perte humaine n’ait été signalée à ce jour, les cicatrices écologiques sur le Bandama sont profondes.

Une nouvelle mission d’experts est annoncée pour le 29 avril 2026 afin de documenter précisément l'impact à long terme. Le CIAPOL réaffirme ainsi sa vision : le développement doit être responsable. La véritable richesse d'une nation réside dans ses ressources naturelles, et non uniquement dans ses usines. Sur ce terrain, le régulateur ne laissera désormais plus rien passer.


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