Emploi : La Chine veut dompter l’IA avant qu’elle ne frappe
L’intelligence artificielle (IA) bouleverse le marché du travail chinois. Face à cette révolution technologique, la chine veut anticiper les pertes d’emplois potentielles et tirer
L’intelligence artificielle (IA) bouleverse le marché du travail chinois. Face à cette révolution technologique, la chine veut anticiper les pertes d’emplois potentielles et tirer parti des nouvelles opportunités offertes par l’automatisation. Le samedi 10 octobre 2026, Li Zhong, vice-ministre des Ressources humaines et de la Sécurité sociale, a annoncé une initiative destinée à favoriser l’emploi dans un contexte de développement rapide de l’IA et des technologies émergentes. L’objectif est double : encadrer les effets de ces innovations sur les travailleurs et renforcer la création d’emplois de qualité. Une orientation désormais inscrite dans les priorités économiques du pays. Le rapport d’activité du gouvernement pour 2026 prévoit notamment de soutenir l’emploi et l’entrepreneuriat en accompagnant l’adoption de l’IA. Le plan quinquennal 2026-2030 consacré à la stratégie de priorité à l’emploi fait également de cette question un chantier majeur.
Derrière cette stratégie, les premiers indicateurs témoignent d’une transformation profonde des besoins des entreprises. Selon la plateforme de recrutement Maimai, les nouvelles offres d’emploi liées à l’IA dans la nouvelle économie ont progressé de 789,47 % entre janvier et juillet 2026, sur un an. La demande concerne notamment les ingénieurs spécialisés dans l’IA, y compris dans l’industrie automobile et les technologies de conduite intelligente, selon la plateforme Zhaopin. Le secteur chinois de l’IA pèse désormais plus de 1 200 milliards de yuans, soit environ 178,23 milliards de dollars, et compte plus de 6 200 entreprises. Dans les principales industries du pays, le taux d’adoption de ces technologies dépasse 80 %, selon les données communiquées par les autorités.
Pour Pékin, l’enjeu est donc de convertir cette expansion en débouchés professionnels. Car si l’IA promet des gains de productivité, elle impose aussi une adaptation rapide des qualifications, au risque de creuser les écarts entre les profils recherchés par les entreprises et les compétences disponibles. La Chine cherche également à élargir le champ des professions reconnues officiellement. Au cours des cinq dernières années, le pays a intégré 72 nouveaux métiers à sa classification professionnelle, parmi lesquels les formateurs en intelligence artificielle et les gestionnaires des émissions de carbone. Depuis le début de 2026, onze professions supplémentaires ont été annoncées. Le ministère des Ressources humaines et de la Sécurité sociale prévoit par ailleurs de créer ou de réviser plus de 200 normes professionnelles nationales au cours de la période 2026-2030. Les travaux doivent notamment porter sur l’IA, l’économie numérique, les activités vertes et les services modernes. Cette politique traduit une volonté de mieux faire correspondre les formations aux besoins d’une économie en mutation. Elle vise aussi à faire émerger des emplois dans les secteurs traditionnels, en s’appuyant sur les applications de l’IA et sur les nouvelles activités qu’elles rendent possibles.
Malgré ces transformations, les autorités chinoises mettent en avant la relative stabilité de l’emploi. Le pays a créé 10,52 millions d’emplois urbains au cours des neuf premiers mois de 2026, soit 87,7 % de son objectif annuel. Le taux de chômage urbain recensé s’est établi en moyenne à 5,2 % au cours des huit premiers mois de l’année. Reste à savoir si cette dynamique suffira à absorber les bouleversements provoqués par l’automatisation. Pour la deuxième économie mondiale, le défi ne consiste plus seulement à développer l’IA, mais aussi à préparer les travailleurs aux métiers qu’elle fait naître et à ceux qu’elle transforme. La capacité de Pékin à concilier innovation technologique et emploi sera déterminante pour la suite de sa stratégie économique.