Intelligence artificielle : Le pari coréen sur l’Afrique
Le rapprochement entre l’Afrique et la Corée du Sud prend une nouvelle dimension. Après avoir longtemps reposé sur l’aide au développement, les échanges commerciaux et les infrastructures, le partenariat entre les deux parties se déplace désormais vers un terrain stratégique : les technologies de pointe, au premier rang desquelles l’intelligence artificielle (IA).
Réunis à Séoul début juin, les représentants de 50 pays africains et les autorités sud-coréennes ont affiché leur volonté de renforcer leur coopération économique et technologique. La rencontre, organisée dans le cadre de la réunion ministérielle Corée-Afrique, a notamment placé la transformation numérique, l’IA, les infrastructures et les minerais critiques au cœur des discussions.
Pour Séoul, l’enjeu est double. Il s’agit à la fois d’élargir ses débouchés sur un continent de 1,4 milliard d’habitants et de sécuriser ses chaînes d’approvisionnement en ressources stratégiques. Pour les pays africains, la priorité est de capter davantage de technologies, de compétences et d’investissements afin d’accélérer leur transformation numérique. Une équation qui pourrait donner naissance à un partenariat plus équilibré, fondé moins sur le simple transfert de capitaux que sur la création de capacités locales.
L’intelligence artificielle apparaît ainsi comme l’un des nouveaux champs de bataille de cette coopération. Dans leur déclaration commune, les deux parties ont reconnu son rôle transversal dans l’accélération du développement, tout en insistant sur la nécessité de favoriser le transfert de technologies, la formation et les investissements dans l’innovation numérique.
Le secteur privé est appelé à jouer un rôle central dans cette nouvelle séquence. Le Korea-Africa Business Forum, organisé à Séoul en marge de la réunion ministérielle, a réuni plusieurs centaines de représentants d’entreprises et de gouvernements autour des perspectives d’investissement et de partenariats industriels. Les discussions ont notamment porté sur le numérique, les infrastructures, l’énergie, les chaînes de valeur et l’industrialisation.
Cette offensive sud-coréenne intervient alors que le pays accélère lui-même massivement dans l’IA et les semi-conducteurs. Séoul a annoncé fin juin un vaste programme d’investissement de 505 milliards d’euros consacré notamment aux puces, à l’intelligence artificielle et aux centres de données. Samsung Electronics et SK Hynix, deux géants mondiaux des mémoires utilisées dans les systèmes d’IA, sont au cœur de cette stratégie.
Pour l’Afrique, l’enjeu sera désormais de transformer cette ouverture coréenne en investissements concrets. Cela passe par des infrastructures numériques solides, des talents formés, des écosystèmes de start-up capables de monter en puissance et surtout une capacité à conserver davantage de valeur sur le continent. Séoul, de son côté, cherche à consolider sa place dans un nouvel ordre économique où l’accès aux technologies, aux données et aux minerais critiques devient aussi stratégique que l’accès aux marchés.
La coopération Corée-Afrique entre ainsi dans une nouvelle phase. Celle d’un partenariat où les ambitions technologiques de Séoul rencontrent les besoins de transformation d’un continent en pleine mutation. Reste à savoir si cette convergence débouchera sur de véritables champions africains de l’IA ou restera cantonnée à une nouvelle génération de projets financés et conçus depuis l’extérieur.