16 May 2026
ACTUALITÉ
L'étau se resserre autour de l'hémicycle ougandais. Longtemps intouchable, le réseau d'influence d'Anita Among fait désormais face à une offensive politique majeureDR

Ouganda : La tempête Anita Among menace de balayer le Parlement

Alors que la 12e législature s'ouvre à Kampala, l'ombre du scandale de corruption lié à l'ancienne présidente du Parlement, Anita Among, plane plus que jamais. Face à la pression croissante de l'opinion publique, une enquête d'envergure menée sous l'égide du président Yoweri Kaguta Museveni et de son fils, le général Muhoozi Kainerugaba, pourrait provoquer un séisme politique sans précédent.

L'étau se resserre autour de l'hémicycle ougandais. Longtemps intouchable, le réseau d'influence d'Anita Among fait désormais face à une offensive politique majeure. Si le chef de l'État et le chef de l'armée décident d'aller jusqu'au bout de l'assainissement des institutions, les conséquences s'annoncent dévastatrices pour la classe politique, toutes tendances confondues.

Le "système Among" dans le viseur de l'exécutif

Au cœur de cette affaire se trouve l'utilisation massive des fonds publics, notamment à travers le budget de la « responsabilité sociale » du Parlement. Les enquêtes préliminaires révèlent un vaste système de clientélisme à propos de Détournements massifs. Des millions de dollars s'échappant des caisses de l'État vers des comptes privés de fonctionnaires et d'élus. Des Récompenses pour services rendus avec l'attribution illégale de primes de rendement, de per diems mirobolants et de financements de projets personnels en échange du silence ou du soutien politique des députés. Des financement d'intérêts privés concernant des fonds publics auraient servi à subventionner des entreprises privées et des infrastructures détenues par des proches du pouvoir législatif.

Si la présidente sortante a longtemps tenté de se défendre en dénonçant un complot de l'étranger — suite aux sanctions financières et de voyage imposées par le Royaume-Uni et les États-Unis —, l'argument ne prend plus à Kampala.

L'opposition prise au piège de la corruption

C'est la grande particularité de ce dossier : la tempête n'épargnera pas les bancs de l'opposition. Le système de « récompenses » mis en place sous la législature précédente s'est avéré particulièrement inclusif. Pour neutraliser toute contestation au sein de l'hémicycle, des enveloppes conséquentes auraient été distribuées à de nombreux députés opposés au régime.

« Beaucoup pensaient que l'immunité parlementaire ou l'étiquette de l'opposition les protégerait, mais les preuves de réception de pots-de-vin sont accablantes », confie une source proche des services de renseignement.

Si les généraux Museveni et Kainerugaba valident une purge totale, des dizaines de députés de l'opposition, jusqu'ici perçus comme des voix morales, risquent non seulement de perdre leur siège, mais également d'être traduits devant la justice et incarcérés.

Une alliance Museveni-Muhoozi pour le grand ménage

Le signal le plus clair de ce changement de cap vient du camp militaire. La Ligue patriotique de l'Ouganda (PLU), le mouvement politique dirigé par le général Muhoozi Kainerugaba, a officiellement retiré son soutien à Anita Among. Une rupture qui sonne comme le coup d'envoi d'une guerre ouverte au sein de l'élite dirigeante.

De son côté, le président Museveni a multiplié les avertissements lors des récents rassemblements de son parti (NRM), réitérant sa volonté de frapper fort contre la corruption. Cette fois, la stratégie semble aller au-delà des simples réprimandes : il s'agit d'arrêter « le donneur et le receveur ».

Vers un renouvellement forcé de la classe politique ?

Pour l'Ouganda, les prochains mois seront décisifs. Une enquête exhaustive sur le Parlement pourrait paralyser l'institution, mais elle répond à une urgence nationale : restaurer la crédibilité de l'État face à la colère des citoyens fatigués par les détournements de fonds.

Pour les députés qui ont profité des largesses d'Anita Among en échange de leur loyauté, le compte à rebours est lancé. Entre la perte des sièges acquis et la prison, l'immunité parlementaire ne semble plus être le bouclier infaillible d'autrefois.


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