Paris sportifs : les Ivoiriens misent 900 milliards de FCFA
Les milliards s’accumulent sur les plateformes de jeux. En Côte d’Ivoire, les mises...
Les milliards s’accumulent sur les plateformes de jeux. En Côte d’Ivoire, les mises enregistrées dans le secteur des jeux d’argent ont dépassé les 900 milliards de FCFA en 2025. En trois ans, le marché a pratiquement doublé, passant de 455 milliards de FCFA en 2022 à près de 706 milliards en 2024, avant de franchir un nouveau seuil l’année suivante, selon les données rapportées par Sikafinance. Cette envolée traduit l’élargissement du marché des jeux de hasard, dont les paris sportifs constituent l’un des principaux moteurs de développement. L’essor des plateformes numériques, la multiplication des opérateurs et l’accessibilité croissante des services de paiement contribuent à installer ces pratiques dans les habitudes d’une partie de la population. Pour les amateurs de football, il suffit désormais de quelques opérations sur un téléphone pour miser sur une rencontre, suivre son pari et espérer empocher des gains. Derrière cette progression se dessine une industrie qui brasse des montants considérables. La Loterie nationale de Côte d’Ivoire (LONACI), acteur historique du secteur, a réalisé un chiffre d’affaires de 657,6 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 14 % par rapport aux 579,3 milliards enregistrés en 2024, selon les chiffres communiqués par sa direction en février 2026. À ses côtés, les opérateurs privés, notamment ceux positionnés sur les paris sportifs en ligne, participent à l’expansion du marché. La LONACI et Betclic ont, à elles seules, généré près de 769 milliards de FCFA de chiffre d’affaires en 2025, selon Sikafinance.
La progression de la LONACI illustre l’ampleur prise par cette activité. En 2023, son chiffre d’affaires s’établissait déjà à 518,36 milliards de FCFA, après 425,44 milliards en 2022, d’après les données du portefeuille de l’État. En l’espace de deux exercices, l’entreprise a ainsi considérablement accru ses revenus, portée par le dynamisme de ses produits, son réseau de distribution et la modernisation de ses canaux de vente. La digitalisation ouvre de nouveaux débouchés à un secteur historiquement structuré autour des points de vente physiques. Cette croissance ne profite pas uniquement aux entreprises de jeux. Elle génère également des flux financiers importants vers les joueurs, les distributeurs et les pouvoirs publics. En 2025, la LONACI a reversé 413,9 milliards de FCFA de gains aux parieurs, soit une progression de 17 % sur un an. Les commissions versées à ses concessionnaires ont également augmenté de 10 %, selon les chiffres annoncés par son directeur général, Dramane Coulibaly. La contribution de l’entreprise aux finances publiques s’est renforcée. La redevance versée à l’État est passée de 15 milliards de FCFA en 2024 à 21 milliards en 2025, soit une progression de 40 %. La société anticipe par ailleurs un résultat net positif de 12,6 milliards de FCFA pour l’exercice 2025. Ces performances confortent le poids de la loterie nationale dans le portefeuille des entreprises publiques et dans les recettes tirées de l’industrie des jeux. Le secteur contribue aussi à l’activité d’un vaste réseau de distribution. La LONACI revendique plus de 11 000 points de vente et quelque 25 000 emplois indirects liés notamment à ses concessionnaires et vendeurs. La progression du marché soutient donc une chaîne d’activités qui dépasse les seules plateformes numériques, même si la répartition exacte des emplois et des revenus entre les différents segments du secteur reste difficile à établir.
L’Autorité de régulation des jeux de hasard (ARJH) recense plusieurs opérateurs agréés de paris sportifs et de jeux en ligne, parmi lesquels Betclic, 1Xbet, Betmomo, Melbet et Akwabet, ainsi que la LONACI. Cette diversité témoigne de l’intensification de la concurrence sur un marché où les entreprises cherchent à attirer et fidéliser les joueurs. Les offres numériques permettent de multiplier les marchés disponibles, des résultats de football aux autres événements sportifs, et de proposer des services accessibles à distance. L’augmentation des mises pose toutefois une question essentielle : celle de la frontière entre activité économique et risques sociaux. Les montants engagés ne correspondent pas aux bénéfices nets des opérateurs, ni aux revenus effectivement conservés par les joueurs. Une même somme peut être rejouée plusieurs fois au fil des paris. Il convient donc de distinguer les mises cumulées, le chiffre d’affaires des entreprises, les gains distribués et les recettes fiscales de l’État. Cette distinction est d’autant plus importante que les chiffres globaux ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer les conséquences de cette croissance sur les ménages. Derrière les performances financières du secteur, les joueurs peuvent être confrontés à des pertes répétées, à une difficulté à maîtriser leurs dépenses ou à des comportements de jeu excessifs. L’accessibilité permanente des applications peut accentuer ces risques, en réduisant la distance entre le joueur et la possibilité de miser. Les données publiques disponibles ne permettent cependant pas de déterminer précisément combien d’Ivoiriens pratiquent régulièrement les paris sportifs, quelle somme ils misent en moyenne ni quelle proportion rencontre des difficultés financières liées au jeu. Sans enquête nationale détaillée sur les comportements des parieurs, il reste difficile d’évaluer l’ampleur réelle des conséquences sociales de cette expansion.
Pour les autorités, l’enjeu consiste donc à accompagner le développement d’un secteur générateur de revenus tout en garantissant le respect des règles, la transparence des opérations et la protection des consommateurs. La présence d’opérateurs agréés constitue un élément du dispositif, mais elle ne dispense pas de sensibiliser les joueurs aux risques et de renforcer les mécanismes de contrôle. Avec plus de 900 milliards de FCFA misés en 2025, les jeux d’argent ont désormais atteint une dimension économique qui ne peut être ignorée. Reste à savoir si cette croissance pourra s’accompagner d’une meilleure connaissance des pratiques des joueurs et d’une protection suffisamment solide des publics les plus vulnérables. Car si les milliards témoignent de la vitalité du marché, ils ne disent pas, à eux seuls, combien les parieurs gagnent réellement ni ce que leur coûte cette course aux gains.
Salomon K
Légende : Les Ivoiriens ont misé plus de 900 milliards de FCFA dans les jeux d’argent en 2025. Ph. : Dr