Souveraineté bancaire : Le pari audacieux de la « Gabonisation »
Le 4 avril 2026 marque un tournant pour la place financière de Libreville. Devant l'Assemblée nationale, le ministre de l’Économie, Thierry Minko, a porté un projet de loi de rupture : réserver la direction générale des banques aux nationaux ou aux ressortissants de la zone CEMAC.
Un secteur stratégique sous influence étrangère
Le constat du gouvernement est sans appel : l’architecture décisionnelle du secteur bancaire échappe encore largement aux compétences locales. Actuellement, cinq des sept principales banques du pays sont pilotées par des expatriés. Pour l'exécutif, cette réforme n'est pas qu'une question de préférence nationale, mais un impératif de souveraineté économique. L'objectif est clair : reprendre les leviers de commande pour aligner la stratégie bancaire sur les priorités de développement du pays.
Le spectre du passé face aux exigences du marché
Si l’intention politique est saluée par une partie de l'opinion, elle crispe les grands groupes internationaux (UBA, Ecobank, Citibank). Le milieu financier garde en mémoire les cicatrices des faillites passées au sein des banques publiques.
Le défi majeur : Convaincre que « gabonisation » ne rime pas avec « interférence politique ».
Avec plus de 2 800 milliards de FCFA de dépôts à protéger, la rigueur ne sera pas une option. Les futurs dirigeants devront naviguer entre les attentes de l'État et les standards de conformité internationaux pour maintenir la confiance des partenaires financiers.
Les piliers d'une transition réussie
Pour que cette mutation ne fragilise pas la signature financière du Gabon, deux leviers seront déterminants :
- La montée en compétence : Une professionnalisation accrue pour répondre aux exigences de la finance globalisée.
- La rigueur des régulateurs : Un rôle accru pour la COBAC et la COSUMAF, garantes de la stabilité du système et remparts contre d’éventuelles dérives de gestion.
Vers un nouveau souffle pour les PME ?
Au-delà des organigrammes, le gouvernement espère un effet domino sur l'économie réelle. En plaçant des nationaux à la tête des banques, Libreville mise sur une meilleure compréhension du tissu local et un accès facilité au crédit pour les PME gabonaises.
La réussite de ce projet dépendra de la capacité du pays à transformer cette volonté politique en un modèle de gouvernance d’excellence, capable de rassurer les marchés tout en servant les ambitions nationales.