23 Oct 2026
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au delà de l'enthousiasme suscité par ces 1 120 milliards FCFA, le scepticisme demeure palpable au sein de la communauté économique et financière — DR

Cameroun : 1 120 Milliards FCFA pour couper sa dépendance aux importations alimentaires

C'est une offensive financière et industrielle d'une ampleur inédite que le Cameroun s'apprête...

C'est une offensive financière et industrielle d'une ampleur inédite que le Cameroun s'apprête à lancer au cœur de ses campagnes. Pour rompre avec une dépendance alimentaire qui pèse lourdement sur ses finances publiques, le gouvernement fixe un cap ambitieux d'ici à 2030. L'objectif est clair : mobiliser la somme colossale de 1 120 milliards FCFA pour propulser huit filières agroalimentaires stratégiques. Avec cette manœuvre d'envergure, le pays entend réduire de 28 % une facture d'importations de produits alimentaires qui fragilise chaque année sa balance commerciale et sa souveraineté.

Au centre de ce dispositif stratégique se trouve le programme AgriConnect, pensé comme une réponse globale aux faiblesses structurelles de l'agriculture nationale. L'initiative ne se contente pas de vouloir produire davantage sur les surfaces existantes. Elle repose sur un triptyque pragmatique qui associe des investissements productifs massifs, l'essor de la transformation locale et une sécurisation foncière indispensable pour rassurer les investisseurs et les communautés rurales. En transformant le cacao, le maïs, le riz ou encore l'huile de palme directement sur le sol national, le Cameroun veut enfin capter la valeur ajoutée qui lui échappait jusqu'alors au profit des marchés étrangers.

Pour les producteurs locaux, les petites entreprises agroalimentaires et les milliers de jeunes en quête d'emploi, ce projet porte une promesse de renouveau économique majeure. Voir les usines de transformation s'implanter au plus près des bassins de production signifie la création de revenus stables et la fin du gaspillage des récoltes faute de débouchés. L'enjeu est également social, car le renforcement des filières locales permet de stabiliser les prix des denrées de base sur les marchés urbains, mettant ainsi les ménages à l'abri des soubresauts des cours mondiaux.

Cependant, au delà de l'enthousiasme suscité par ces 1 120 milliards FCFA, le scepticisme demeure palpable au sein de la communauté économique et financière. Les observateurs gardent en mémoire l'échec amer du programme précédent d'import-substitution. Malgré des ambitions tout aussi nobles et des objectifs similaires, ce projet antérieur n'avait réussi à mobiliser que 7,6 % des financements escomptés. Cette lourde défaillance dans l'exécution rappelle que la signature de grands plans ne garantit pas automatiquement leur concrétisation sur le terrain.

L'exécution d'AgriConnect sera donc scrutée au millimètre près par les partenaires financiers, les acteurs du monde rural et la société civile. Pour réussir là où les initiatives passées ont échoué, les autorités devront faire preuve d'une rigueur de gestion exemplaire, simplifier les procédures bureaucratiques et instaurer un climat de confiance durable avec le secteur privé. Le Cameroun joue gros avec cette feuille de route. Si le pays parvient à transformer ces promesses en usines et en champs fertiles, il tiendra enfin les clés de son indépendance économique et de sa sécurité alimentaire pour les décennies à venir.

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