29 Oct 2026
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La Côte d’Ivoire prépare une édition historique du SIREXE — DR

SIREXE 2026 : la Côte d’Ivoire veut attirer les milliards

Les ressources naturelles africaines valent des milliards, mais leur exploitation ne garantit pas la richesse des pays qui...

Les ressources naturelles africaines valent des milliards, mais leur exploitation ne garantit pas la richesse des pays qui les abritent. Entre le financement des projets, le déficit d’infrastructures et la transformation locale encore insuffisante, le continent cherche à mieux capter la valeur générée par ses minerais et ses hydrocarbures. La Côte d’Ivoire entend se positionner sur ce marché. Du 18 au 22 novembre 2026, elle accueillera la deuxième édition du Salon international des ressources extractives et énergétiques (SIREXE), avec 24 pays annoncés. Derrière ce rendez-vous, les autorités ivoiriennes affichent une ambition : attirer les capitaux, nouer des partenariats industriels et accélérer le développement des secteurs minier, pétrolier et énergétique. L’enjeu est de taille pour un pays dont l’économie, historiquement portée par l’agriculture, cherche à diversifier ses moteurs de croissance. L’exploitation aurifère, les perspectives pétrolières et gazières ainsi que les besoins croissants en électricité ouvrent de nouvelles possibilités d’investissement. Encore faut-il disposer des financements, des équipements et des infrastructures nécessaires pour convertir ces opportunités en activités productives. C’est sur cette équation que le SIREXE entend se positionner, en réunissant pendant cinq jours des représentants gouvernementaux, des entreprises, des investisseurs et des professionnels des industries extractives et énergétiques.


La première édition, organisée en 2024, avait donné une première indication de l’intérêt suscité par le projet. Selon les données communiquées par les organisateurs, elle avait rassemblé plus de 2 200 professionnels, 350 exposants et plus de 50 000 visiteurs. Les intentions et accords d’investissement annoncés avaient atteint près de 4 000 milliards de FCFA. Pour cette deuxième édition, l’enjeu est désormais de transformer cette visibilité en engagements financiers plus structurés et en projets effectivement réalisés. Car les annonces d’investissement ne constituent pas, à elles seules, une garantie de financement ni la preuve que les capitaux ont été décaissés.

Pour rapprocher les ambitions des investisseurs des besoins des entreprises, la Côte d’Ivoire mise notamment sur SIREXE Invest. Présentée en septembre 2026, cette plateforme doit permettre de mettre en relation des porteurs de projets publics et privés avec des investisseurs nationaux, régionaux et internationaux. Pour sa première édition, le dispositif vise plus de 80 projets et plus de 25 investisseurs. Les opportunités concernent les mines, le pétrole, le gaz et l’électricité, mais aussi les énergies renouvelables, les infrastructures, la logistique, les technologies et la transformation locale. Le mécanisme doit permettre aux promoteurs de soumettre leurs dossiers, lesquels seront examinés avant d’être présentés aux investisseurs susceptibles de s’y intéresser. L’objectif est de dépasser les rencontres de circonstance pour faciliter des discussions susceptibles d’aboutir à des financements, des prises de participation ou des partenariats industriels. Cette démarche répond à une difficulté récurrente du financement des projets : rapprocher des capitaux disponibles d’opportunités suffisamment préparées, documentées et économiquement viables.


La question est d’autant plus importante que les besoins d’investissement du secteur dépassent les capacités de financement des seules ressources publiques. Pour la période 2026-2040, la Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie prévoit près de 38 000 milliards de FCFA d’investissements dans les mines, les hydrocarbures et l’énergie, dont environ 88 % devraient provenir du secteur privé. La mobilisation des entreprises et des investisseurs apparaît donc déterminante pour soutenir les ambitions du pays. Le SIREXE constitue, dans cette perspective, une vitrine pour présenter les opportunités ivoiriennes et favoriser les rapprochements avec les acteurs capables de les financer.

Mais attirer les milliards ne suffit pas. Encore faut-il déterminer la part de richesse qui restera dans l’économie nationale. Dans les industries extractives, les retombées ne se limitent pas aux recettes fiscales ou aux revenus tirés de la vente des matières premières. Elles dépendent également de la capacité des entreprises locales à fournir des équipements et des services, de la création d’emplois qualifiés et du développement d’activités de transformation. Sans cette intégration des acteurs nationaux, une partie importante de la valeur générée risque de rester concentrée dans les segments les plus capitalistiques de la chaîne de production. C’est pourquoi les infrastructures figurent au centre de cette édition. Placée sous le thème « Industries extractives et énergétiques : quelles infrastructures pour soutenir le développement économique en Afrique ? », la rencontre entend aborder les conditions matérielles nécessaires à la valorisation des ressources. Routes, réseaux électriques, installations portuaires, capacités de stockage et équipements industriels déterminent en partie la compétitivité des projets. Leur disponibilité peut réduire les coûts d’exploitation, faciliter l’acheminement des produits et rendre possibles des investissements qui resteraient autrement difficiles à rentabiliser.

Le défi concerne également l’énergie. L’exploitation minière et la transformation industrielle nécessitent des approvisionnements électriques fiables et compétitifs. Pour les investisseurs, la disponibilité de cette énergie entre directement dans l’évaluation du coût et de la rentabilité des projets. Pour la Côte d’Ivoire, le développement coordonné des secteurs minier et énergétique peut donc constituer un levier de diversification économique, à condition que les investissements réalisés répondent aussi aux besoins des entreprises et des populations.


La dimension internationale du salon doit contribuer à nourrir cette stratégie. Le Botswana, choisi comme pays à l’honneur, apportera son expérience de la gouvernance minière et de la valorisation des ressources. Grand producteur de diamants, ce pays a construit une partie de son développement autour de l’exploitation minière et de la gestion des revenus qui en découlent. Sa participation doit permettre d’alimenter les échanges sur les conditions susceptibles de favoriser une meilleure captation de la valeur locale, ainsi que sur les relations entre pouvoirs publics, opérateurs privés et investisseurs. Le programme prévoit par ailleurs des discussions sur les tensions géopolitiques et la logistique internationale du pétrole et du gaz, avec la participation annoncée de Daniel Yergin, vice-président de S&P Global, et de Philippe Chalmin, fondateur du Cercle CyclOpe, spécialisé dans l’analyse des marchés de matières premières. Ces interventions doivent replacer les perspectives africaines dans un environnement international marqué par les fluctuations des marchés, les recompositions des chaînes d’approvisionnement et la concurrence pour les ressources stratégiques.

Pour Abidjan, l’ambition consiste aussi à s’imposer durablement dans le calendrier des grandes rencontres africaines consacrées aux industries extractives et énergétiques. En réunissant les mines, les hydrocarbures et l’énergie au sein d’un même événement, le SIREXE entend proposer un espace de dialogue entre des secteurs dont les besoins en capitaux, en infrastructures et en technologies sont étroitement liés. Le salon cherche ainsi à se distinguer des rendez-vous davantage spécialisés et à attirer des acteurs susceptibles d’intervenir sur plusieurs segments de l’économie des ressources naturelles.


Cette ambition se heurte néanmoins à une exigence fondamentale : la crédibilité des projets présentés. Les investisseurs ne s’engagent pas uniquement sur la base du potentiel géologique ou de la taille d’un marché. Ils évaluent aussi la réglementation, la stabilité du cadre d’investissement, la disponibilité des infrastructures, les risques opérationnels et les perspectives de rentabilité. La qualité de la préparation des dossiers et la capacité des porteurs de projets à répondre à ces exigences seront donc déterminantes pour transformer l’intérêt suscité par le salon en engagements concrets.

Les entreprises ivoiriennes devront également trouver leur place dans cette dynamique. Au-delà de leur rôle de fournisseurs de biens et de services, elles doivent pouvoir accéder aux financements nécessaires pour renforcer leurs capacités, investir dans des équipements et participer davantage aux chaînes de valeur. L’enjeu du contenu local est ainsi indissociable de celui de l’attractivité : les investissements étrangers peuvent soutenir la croissance, mais leurs effets sur l’économie nationale dépendront aussi des liens qu’ils permettront de créer avec le tissu entrepreneurial local.

À l’ouverture du SIREXE 2026, la Côte d’Ivoire cherchera donc à convaincre sur deux fronts : démontrer que ses secteurs minier et énergétique offrent des perspectives suffisamment attractives pour mobiliser les capitaux, et montrer que ces investissements peuvent produire des retombées économiques durables. Le nombre de délégations présentes, les rencontres organisées et les annonces de partenariats donneront une première mesure de la mobilisation. Mais le véritable bilan se jouera au-delà des cinq jours du salon, dans la concrétisation des projets, les financements effectivement mobilisés et la capacité du pays à transformer ses ressources naturelles en richesse locale.

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